MAGNITUDE

Novembre 2026

Magnitude Le magazine en images

Transformations · Le Relevé · Éthiopie

Le plus grand barrage d'Afrique tourne, mais le courant coupe encore à Addis-Abeba

M4/10Note Magnitude

Passage de la production supplémentaire à un service fiable et accessible

Impact utile 1/4 · Exécution 2/4 · Innovation 1/2

Distribution en transformation · 2024–septembre 2026

Pourquoi cette note ?Évaluation du 26 octobre 2026
La composition du dossier
Illustration de synthèse du dossier
Illustration MAGNITUDE · Image de synthèse, pas une photographie documentaire.
Texte d’archive du pilote de septembre 2026, conservé avec ses sources et ses échéances. La note de réussite ci-dessus est une nouvelle revue du 25 octobre 2026, sur la période précisée. Les anciens verdicts ou attentes cités dans le récit appartiennent à l’édition d’origine.

Texte historique du pilote. Ses commentaires sur l’ancienne notation appartiennent à cette version ; la note Magnitude actuelle et ses raisons se lisent ici.

Un barrage géant, des coupures en ville

L'Éthiopie vient d'achever le plus grand barrage hydroélectrique d'Afrique 14. Le Grand barrage de la Renaissance fournit désormais la moitié de l'électricité du pays 4. Dans la capitale, pourtant, le courant saute encore plusieurs fois par semaine.

Début février 2026, Biraanu Gammachu Feyissa raconte ce quotidien au site Mongabay 14. Cet analyste politique vit à Addis-Abeba. « En une seule semaine, nous avons des coupures deux ou trois fois. Elles durent en moyenne deux à trois heures » 14. Cela fait de quatre à neuf heures sans courant chaque semaine. Alors, où va le courant du barrage ?

Un barrage qui tourne

Côté production, les chiffres montent. L'opérateur public Ethiopian Electric Power (EEP) déclare avoir produit un cinquième d'électricité de plus sur l'exercice clos le 7 juillet 2026 4. Dès mai, sur X, il publiait le total sorti du barrage en neuf mois 12. L'entreprise, qui perdait de l'argent, est repassée au bénéfice au premier semestre 410.

Le distributeur, Ethiopian Electric Utility (EEU), amène ce courant jusqu'aux clients. En un an, il en a livré davantage et branché plus de 660 000 nouveaux clients 1.

L’illustration, dans le récit
Illustration de synthèse du dossier

Même illustration que l’ouverture. Réemploi dans ce dossier ; aucune nouvelle scène ni photographie documentaire.

Illustration MAGNITUDE · Image de synthèse, pas une photographie documentaire.

Plus de courant, pas plus par client

Produire plus ne veut pas dire livrer plus à chacun. Le réseau distribue davantage. Mais il y a aussi beaucoup plus de clients. D'après notre calcul, chacun ne reçoit qu'environ 2,5 % de courant en plus.

Et beaucoup n'ont rien. En 2024, plus de quatre Éthiopiens sur dix vivaient sans électricité, selon la Banque mondiale 5. L'objectif d'électrifier tout le pays recule de 2030 à 2035 1. En juin, la chaîne allemande DW News a posé la question, reprise sur X par le chercheur Mohamed Kheir Omer : pourquoi des millions d'Éthiopiens restent-ils dans le noir 13 ?

Où part le courant

Une partie franchit la frontière, vers le Kenya, Djibouti et le Soudan 6. Le Kenya y gagne. D'après des prix antérieurs à l'inauguration, le courant éthiopien lui coûte bien moins cher que celui de ses centrales thermiques 11. Une autre part alimente des fermes de minage de cryptomonnaies. En 2025, elles absorbaient environ un tiers de la production, selon EEP 8.

L'opérateur répond qu'aucune électricité n'a été vendue sans que la demande intérieure soit satisfaite. C'est ce qu'affirme son directeur général adjoint, Andualem Sia, cité par Mongabay 14.

Côté factures, un autre écart apparaît. Les recettes de vente d'EEU progressent bien plus vite que l'électricité livrée 1. D'après notre calcul, chaque kilowattheure livré lui rapporte en moyenne environ moitié plus qu'un an plus tôt. Hausse des tarifs ou inflation ? Les chiffres publiés ne les séparent pas. Ce que paie un ménage reste inconnu.

Ce qui reste à voir

Tous ces chiffres viennent des opérateurs eux-mêmes. Aucun tiers ne les a contrôlés. Le barrage produisait déjà avant son inauguration : impossible de dire quand le changement a commencé. La pluie, enfin, peut tout remettre en cause. Pour l'exercice 2026/27, EEP prévoit de produire près d'un dixième de moins, faute d'eau 9. L'opérateur évoque des délestages tournants, des coupures organisées à tour de rôle 9. En aval, le Soudan et l'Égypte contestent les effets du barrage sur le Nil. Ce différend entre États n'est pas mesuré ici.

Une piste circule. Un consortium de la diaspora propose de consacrer une part des recettes d'exportation au réseau de distribution 6. L'argent paierait des lignes, des transformateurs et des compteurs là où le réseau manque. Son coût reste inconnu.

Pour qui vit en Éthiopie ou s'y rend cette saison, deux choses à guetter. L'annonce de ces délestages, d'abord 9. Puis, dans le prochain bilan d'EEU, la durée des coupures. C'est la donnée qui manque pour savoir si le courant du barrage arrive vraiment jusque chez Biraanu Gammachu Feyissa.

Indice d’ampleur historique — pilote 2026

Grille du Relevé pour cet effet · Données de l’édition pilote du 28 septembre 2026. Les différentes grilles se lisent dans leur périmètre.

M ?Secousse en cours · verdict à venir

Région : Est (Éthiopie) · Domaine : énergie · Statut : production du barrage et énergie distribuée : résultat observé (données de l'opérateur, sans contrôle indépendant) ; heures de service reçues par les usagers : non documenté ; effet attribuable au barrage : non établi

Objet noté : un effet, l'électricité reçue par le réseau de distribution national après la mise en service complète du barrage ; jamais l'ouvrage ni ceux qui l'ont construit.

Secousse en cours : pas encore de note Dimensions bloquantes : Durée et Vitesse — aucune série infra-annuelle de l'énergie distribuée ne permet de dater l'effet ni d'en observer la persistance. Effet examiné : la variation de l'électricité reçue par le réseau de distribution national après la mise en service complète du Grand barrage de la Renaissance (9 septembre 2025). Indicateur : électricité distribuée par Ethiopian Electric Utility (EEU), en GWh par exercice. Référence : exercice 2024/25. Période : exercice 2025/26 (clos le 7 juillet 2026). Le différend sur le Nil est hors périmètre.

Dimension Valeur Ce qui la fonde
Portée 2 5,4 millions de ménages raccordés au réseau d'EEU au premier semestre 2025/26 : au moins 5 millions de personnes (donnée de l'opérateur) 3
Profondeur 1 (au moins) Électricité distribuée : +15,5 % selon EEU ; une autre source donne une hausse de 22 % : l'intervalle chevauche deux cases 12
Durée inconnu Aucune valeur semestrielle d'EEU pour 2024/25, donc aucun point de comparaison infra-annuel
Vitesse inconnu Le barrage produit depuis 2022 et la montée en charge est continue : le premier changement ne peut pas être daté
Entraînement 1 (au moins, fragile) Production accrue → exportations (environ 2 500 GWh) → recettes et redressement financier de l'opérateur ; chaîne fondée sur l'opérateur seul 6

Production et distribution sont observées ; ni la durée ni la vitesse de l'effet ne sont documentées. Données de l'opérateur : EEP déclare 35 671 GWh produits sur l'exercice clos le 7 juillet 2026, soit 21 % de plus que l'année précédente ; le barrage en assure 51,5 % 4. Dès mai, sur X, EEP annonçait 13 778 GWh sortis du barrage en neuf mois 12. EEU a livré 18 319 GWh (+15,5 %) et raccordé 664 505 nouveaux clients 1. Accès à l'électricité : 56,6 % en 2024 selon la Banque mondiale 5 ; selon le pacte national signé pour Mission 300, 44 % de la population dispose d'un service de base (2025) 7. Aucune de ces données d'effet n'a été contrôlée par un tiers. Pour 2026/27, EEP prévoit une production en baisse de 9,9 %, faute de pluies 9.

Calculs de la rédaction : électricité distribuée par client, environ +2,5 % ; coupures décrites par Biraanu Gammachu Feyissa, 2 × 2 à 3 × 3 heures, soit de quatre à neuf heures par semaine 14. Andualem Sia, directeur général adjoint d'EEP, cité par Mongabay : « No power has been sold without meeting domestic demand » 14.

Levier examiné : piste à expérimenter. Un consortium de la diaspora propose d'affecter une part des recettes d'exportation à la distribution 6. Acteurs : EEP, EEU et ministère de l'Eau et de l'Énergie. Mécanisme : financer lignes basse tension, transformateurs et compteurs là où le réseau est absent. Coût : inconnu. Effets indésirables possibles : moins de devises pour la dette d'EEP, et un réseau étendu mais toujours exposé aux sécheresses.

Qui gagne, qui paie

Gagnants, d'après les opérateurs eux-mêmes

  • EEP : production +21 %, passage de la perte au bénéfice au premier semestre 2025/26 410.
  • Les clients d'EEU : +15,5 % d'électricité distribuée et 664 505 nouveaux clients raccordés 1.
  • Les acheteurs à l'étranger. Au Kenya, l'électricité éthiopienne s'achète environ 0,066 dollar le kWh, contre jusqu'à 0,23 dollar pour le thermique local (prix antérieurs à l'inauguration) 11.
  • Les mineurs de cryptomonnaies : environ un tiers de la production en 2025, selon EEP 8.

Payeurs, ou laissés de côté

  • Les habitants non raccordés : l'accès était de 56,6 % en 2024 5, et l'objectif d'électrification complète recule de 2030 à 2035 1.
  • Les clients d'EEU : les recettes de vente d'énergie augmentent environ trois fois plus vite que l'énergie distribuée (+74,3 % contre +15,5 %) 1. D'après notre calcul, chaque kilowattheure livré rapporte donc en moyenne à EEU environ 50 % de plus qu'un an plus tôt. La part des tarifs et celle de l'inflation ne sont pas séparées : le tarif réel payé par un ménage reste inconnu.
  • Les ménages, si la pluie manque : EEP évoque des délestages tournants, des coupures organisées à tour de rôle 9.
  • L'aval du Nil : l'effet sur le Soudan et l'Égypte est contesté entre États et n'est pas mesuré ici.

Ce qui ferait changer cette note

  1. Une série mensuelle ou trimestrielle de l'énergie distribuée par EEU pour 2024/25 et 2025/26 : elle renseignerait la vitesse et la durée.
  2. Des indicateurs de continuité de service (durée des coupures, heures de délestage) publiés après septembre 2025 : c'est la mesure des « heures de courant ».
  3. Les statistiques d'importation du Kenya pour l'exercice juillet 2025 - juin 2026 : une chaîne dans un autre territoire, contrôlée de façon indépendante.
  4. Le taux d'accès 2025 de la Banque mondiale et les états financiers audités d'EEP pour 2025/26.
Sources (14)
  1. 2merkato, bilan annuel d'EEU, 10 août 2026. — Birr Metrics, 7 août 2026. birrmetrics.com
  2. Capital Ethiopia, 8 août 2026.
  3. Addis Fortune, rapport semestriel d'EEU, 8 février 2026.
  4. New Business Ethiopia, 1er août 2026 (déclaration d'EEP).
  5. Banque mondiale, WDI, accès à l'électricité (EG.ELC.ACCS.ZS).
  6. The Reporter Ethiopia, 12 septembre 2026.
  7. Gouvernement éthiopien, National Energy Compact (Mission 300), 2025.
  8. The Reporter Ethiopia, 9 août 2025.
  9. Ethiopia Observer, 30 août 2026.
  10. SolarQuarter, 23 mars 2026.
  11. African Business, juin 2026.
  12. Ethiopian Electric Power (EEP), publication sur X, 6 mai 2026
  13. Mohamed Kheir Omer, publication sur X, 27 juin 2026, relayant DW News, 26 juin 2026
  14. Mongabay, Elodie Toto, 6 février 2026

Réussite 2.0 · Analyse documentaire du 25 octobre 2026

Pourquoi cette note ?

La note apprécie la réussite dans l’objet, le stade et la période ci-dessous. La note est un jugement éditorial unique ; les raisons exposent les points retenus et les limites du dossier.

M4/10

Le courant après GERD

Note Magnitude

davantage d’électricité produite, sans amélioration suffisamment établie du courant reçu par chacun.

Objet évalué
Passage de la production supplémentaire à un service fiable et accessible
Période et stade
2024–septembre 2026 · Distribution en transformation
Territoire
Éthiopie
Les trois appuis de la note
Le courant après GERD : M4/10. Impact utile 1/4 · Exécution 2/4 · Innovation 1/2.

Une forme = un point sur dix.

Point attribuéPoint non attribué

Les trois axes expliquent les points attribués : impact /4, exécution /4, innovation /2.

Force limitée : les opérateurs déclarent davantage d’électricité livrée et de nouveaux clients raccordés. Un point d’impact retient cette progression circonscrite. Le calcul des sources citées donne toutefois un gain bien plus modeste par client et les témoignages de coupures empêchent de confondre volume et qualité.

Réalisation : deux points d’exécution reconnaissent une chaîne de production et de distribution active. Les horaires réels de courant, la disponibilité et le coût payé par les ménages ne disposent pas de séries comparables suffisamment solides pour aller plus haut.

Limite : l’intégration d’une source supplémentaire vaut un point d’innovation locale. Le 4 n’est pas la note du barrage lui-même ; il porte sur le passage de la production à un service accessible et fiable, dont les résultats demeurent incomplets.

Impact utile

1/4

1/4 : l’électricité livrée augmente, mais le gain par client est modeste dans les calculs des sources citées et les coupures persistent ; l’utilité retenue reste fortement limitée.

Exécution

2/4

2/4 : production et distribution opèrent, avec de nouveaux branchements déclarés ; aucune série comparable de disponibilité finale ne démontre une continuité solide du service.

Innovation

1/2

1/2 : l’intégration de la nouvelle source au réseau est effective ; elle ne démontre pas à elle seule une nouvelle qualité de service chez les ménages.

Calcul : 1 + 2 + 1 = M4/10.

Ce qui limite la note

Les heures de courant reçues, le coût des factures et les bénéficiaires du supplément de production ne sont pas identifiés avec assez de précision.

  • Heures de courant, coût payé et bénéficiaires identifiables de la production additionnelle.

Jugement éditorial du 26 octobre 2026 sur cet objet et cette période. Une donnée absente ne prouve pas un effet nul ; les limites sont exposées ci-dessus.

Sources et repères
  1. Ethiopian Electric Power — données et activités

    page lue. Capacité et production déclarées par l’opérateur ; pas de mesure indépendante de la fiabilité chez les ménages.

Politique rédactionnelle et sources

Lire le barème complet · Toutes les notes du pilote