Grille du Relevé pour cet effet · Données de l’édition pilote du 28 septembre 2026. Les différentes grilles se lisent dans leur périmètre.
Région : Ouest (Côte d'Ivoire, Ghana) · Domaine : agriculture, revenus · Statut : pas de note propre à cette rubrique ; le prix garanti est un résultat observé (noté M6 dans le Relevé) ; les revenus encaissés ne sont pas mesurés
Objet examiné : ce que les planteurs ont réellement touché et leur accès à la vente, au-delà du prix garanti.
Comment le prix est fixé
En Côte d'Ivoire, le CCC vend à l'avance une grande part de la récolte suivante : les acheteurs internationaux doivent en acquérir 70 à 80 % par ventes anticipées, le reste part au comptant pendant la saison 1. Le prix obtenu nourrit le « barème », qui fixe deux fois par an le prix bord-champ minimum payé au producteur. Objectif affiché : lui verser au moins 60 % du prix CAF de référence, le prix à l'arrivée, coût, assurance et fret compris 12.
Au Ghana, le Ghana Cocoa Board (COCOBOD) tient toute la chaîne d'exportation. Sa filiale commerciale vendait environ 70 % de la récolte suivante à terme 1 ; ces contrats garantissaient un prêt syndiqué annuel de banques étrangères, qui payait les fèves. Le modèle a tenu 32 ans, puis il a cessé : les acheteurs préfinancent désormais eux-mêmes, selon COCOBOD 3. Le prix au producteur doit atteindre au moins 70 % du FOB net, le prix franco à bord au port de départ 1.
Le prix ne bouge donc pas pendant une campagne. Une étude publiée en 2022 en tire la conséquence : les producteurs sont à l'abri des variations en cours de saison, mais le risque d'une saison à l'autre reste, pour l'essentiel, à leur charge 1.
Le marché flambe, puis se retourne
Pour 2023/24, l'Organisation internationale du cacao (ICCO) estime le déficit à 441 000 tonnes : la production nette est restée loin sous les broyages, les fèves transformées par l'industrie. En cause, la météo, les maladies, les ravageurs et le vieillissement des arbres 4. En décembre 2024, la tonne atteint 12 906 dollars sur le marché à terme 5.
Puis tout s'inverse. Pour 2024/25, l'ICCO voit la production mondiale gagner 8,5 % et les broyages reculer de 3,3 %, d'où un léger excédent de 37 000 tonnes 6. Le 24 février 2026, la tonne vaut 2 952 dollars 5. D'après notre calcul, c'est environ 77 % de moins qu'en décembre 2024.
Chronologie des prix garantis
La vente anticipée crée un décalage, et il joue dans les deux sens. En Côte d'Ivoire, le prix garanti passe de 1 800 FCFA le kilo en octobre 2024 à 2 200 en avril 2025, puis à 2 800 le 1er octobre 2025 78. Le sommet atteint le champ environ dix mois après le sommet mondial, quand le marché baisse déjà.
Au Ghana, COCOBOD a chiffré ce retard. En 2023/24, la récolte n'atteint que 432 145 tonnes, au lieu des 800 000 prévues. L'organisme doit reporter 333 767 tonnes de contrats vendus à 2 661 dollars la tonne, alors que le marché dépasse 8 000 dollars. La perte dépasse un milliard de dollars, une somme qui, selon COCOBOD lui-même, aurait dû revenir aux producteurs 3. Sur X, l'économiste ghanéen Theo Acheampong, à titre personnel, y voit un problème de gouvernance et de trésorerie : quand le marché se retourne, la vente anticipée devient une faiblesse (14 février 2026) 17.
Le rattrapage arrive ensuite à contretemps. En octobre 2025, le Ghana relève son prix à 58 000 cedis (GH¢) la tonne 9, alors que le cacao d'autres origines se vend nettement moins cher, selon COCOBOD 3. En Côte d'Ivoire, 100 000 tonnes restent invendues à l'inventaire de janvier 2026 ; l'État engage 280 milliards de FCFA (496 millions de dollars au 5 mars 2026, selon Ecofin) pour racheter des stocks 5.
Puis viennent les baisses. Au Ghana, le 12 février 2026, la tonne tombe à 41 392 GH¢, soit −28,6 %, un prix calculé sur 90 % d'un FOB réalisé de 4 200 dollars 3. En Côte d'Ivoire, le 4 mars 2026, le kilo passe à 1 200 FCFA, soit −57,1 % 210. L'État aurait pu descendre plus bas : selon le CCC, la règle des 60 % appliquée à la lettre donnait 947 FCFA le kilo, pour un prix international estimé à 1 578 FCFA le kilo 2. D'après notre calcul, le prix retenu en vaut environ 76 %. Pour 2026/27, la Côte d'Ivoire maintient 1 200 FCFA le kilo 11 ; le Ghana remonte à 42 400 GH¢ la tonne, encore 26,9 % sous le prix d'octobre 2025 12.
Paiements déclarés
Sur ce qui a été payé, on ne dispose que de déclarations d'organismes et d'articles de presse. Le CCC affirme avoir payé plus de 1,5 million de tonnes à 2 800 FCFA le kilo entre octobre 2025 et mars 2026 2. Au Ghana, sur 6 milliards de GH¢ d'arriérés, 2,6 milliards étaient versés et 3,4 milliards restaient dus après l'échéance de juin 15. D'après notre calcul, sur 10 cedis d'arriérés, un peu plus de 4 avaient donc été réglés, dont un peu plus de 2 aux producteurs.
Deux lectures défendables
Première lecture : la stabilisation protège. Le producteur connaît son prix avant de récolter et échappe aux mouvements quotidiens des marchés à terme. Entre la campagne 2012/13 et l'introduction du différentiel de revenu décent (LID, voir plus bas) en 2019/20, le prix ivoirien a représenté en moyenne 57 % du prix ICCO, et le prix ghanéen 68 % 1. En mars 2026, le plancher de 1 200 FCFA le kilo est resté au-dessus de la règle des 60 % 2.
Seconde lecture : la stabilisation transfère le risque et retarde la hausse. La vente anticipée fige le prix au jour de la vente. Quand le marché monte, le producteur touche un prix ancien : le Ghana chiffre à plus d'un milliard de dollars le manque à gagner de 2023/24 3. Quand il baisse, l'État choisit entre un prix trop haut, qui laisse des invendus et des impayés, et une baisse brutale. Dans les deux cas, le risque d'une saison à l'autre retombe sur le producteur 1.
Les deux lectures ne jugent pas sur la même durée : la première s'arrête à la campagne, la seconde prend le cycle entier. En 2025/26, les faits donnent raison à chacune sur son terrain : le prix de 2 800 FCFA n'a pas bougé d'octobre à mars, puis il a été divisé par plus de deux au barème suivant.
Bilan de la mesure : le prix garanti a tenu sa promesse à l'intérieur d'une saison. Il n'a transmis la flambée qu'avec retard, puis il a fortement reculé. Ce que les planteurs ont réellement encaissé en 2025/26 n'est pas mesuré.
Ce que l'on ne sait pas
- Combien chaque producteur a réellement touché en 2025/26 : aucune série publique de paiements par producteur n'existe dans les sources consultées.
- Le volume exact des fèves payées sous le prix officiel ou avec retard en Côte d'Ivoire.
- La production et les broyages 2025/26 : l'ICCO a suspendu temporairement leur publication 6.
- L'effet de la baisse sur la contrebande, les achats d'engrais ou les volumes : aucune chaîne n'est établie par une source indépendante.
- Combien de producteurs recensés étaient encore sans carte au 1er septembre 2026.
Leviers examinés
Paiement électronique par carte du producteur (Côte d'Ivoire) : piste à expérimenter. Acteur : le CCC. Mécanisme : plus aucun achat en espèces à partir de septembre 2026 (annonce) ; chaque paiement passe par la carte du producteur et devient traçable 10. Coût : inconnu. Preuve : aucune évaluation publiée ; l'application effective n'est pas vérifiée. Condition de transfert : un registre complet des producteurs. Selon le CCC, cité par Mongabay : plus de 1,1 million de producteurs recensés au 31 décembre 2025, près de 900 000 cartes distribuées 16. D'après notre calcul, l'écart est de quelque 200 000. Effet indésirable : celui qui n'a pas sa carte « ne pourra pas vendre son cacao », prévient le CCC 10 ; les planteurs non enrôlés sont exclus.
Différentiel de revenu décent (Living Income Differential, LID) : solution non établie pour le revenu. Acteurs : Côte d'Ivoire, Ghana et acheteurs. Mécanisme : une prime de 400 dollars la tonne sur les exportations, depuis 2020/21 1. Coût : supporté par les acheteurs. Preuve : la prime a été obtenue, mais des responsables des deux pays affirmaient en 2021 que la baisse des primes d'origine la compensait presque 1. Aucun effet mesuré sur le revenu.
Fonds de stabilisation : solution non établie. Le Ghana en a créé un en 2004-2005 pour soutenir le prix en cours de saison ; les bonus versés entre 2000/01 et 2015/16 ont représenté environ 3 % des prix au producteur 1. Coût du dispositif actuel : inconnu. Aucun document lu ne montre qu'un tel fonds ait amorti le choc de 2026.