Illustration MAGNITUDE · Image de synthèse, pas une photographie documentaire.
Texte d’archive du pilote de septembre 2026, conservé avec ses sources et ses échéances. La note de réussite ci-dessus est une nouvelle revue du 25 octobre 2026, sur la période précisée. Les anciens verdicts ou attentes cités dans le récit appartiennent à l’édition d’origine.
Mars 2023. Une entreprise ghanéenne doit payer un fournisseur au Nigeria. Elle passe par sa banque, GCB. Des cedis, la monnaie du Ghana, partent de son compte. Des nairas, la monnaie du Nigeria, arrivent chez le fournisseur 7.
Selon l'administration américaine du commerce, c'est la première transaction ghanéenne passée par PAPSS, le Système panafricain de paiement et de règlement 7. Ce système est soutenu par Afreximbank, la banque africaine d'import-export. Il permet de payer d'un pays africain à l'autre en monnaies locales.
Le circuit fonctionne, donc. Reste à savoir combien de gens l'empruntent aujourd'hui.
Une hausse sans point de départ
En septembre 2026, le directeur général de PAPSS, Mike Ogbalu III, donne un point presse à Lagos. Deux médias le rapportent 12. Le chiffre qui frappe : le nombre de paiements aurait bondi d'environ 1 000 %, les montants de 120 % 1.
Un pourcentage ne vaut que par sa base. Passer de 100 à 1 100 paiements, ou d'un million à 11 millions, donne le même « +1 000 % ». Or PAPSS ne publie ni le nombre de paiements, ni les montants en dollars 12. Même la période varie : « périodes équivalentes » de 2025 et 2026 pour un média, « l'année écoulée » pour l'autre 12.
Les deux pourcentages disent quand même une chose. Onze fois plus de paiements, mais seulement deux fois plus d'argent : d'après notre calcul, chaque paiement est en moyenne cinq fois plus petit. L'arrivée de particuliers l'expliquerait. Rien de publié ne permet de le confirmer.
Trente pays, mais combien qui paient ?
Reste la carte du réseau. PAPSS annonce « plus de 30 pays » 1. Son propre document de juin 2026 en compte bien 31, mais au sens de « joignables » 3. Moins de la moitié ont des banques qui envoient et reçoivent. Les autres peuvent seulement encaisser, ou seront « bientôt actifs » 3. Un peu comme une boîte aux lettres où l'on reçoit du courrier sans pouvoir en poster.
PAPSS annonce 24 banques centrales 1. Son propre site en affiche 20 6. Parmi elles figure la BEAC, la banque centrale des six pays d'Afrique centrale, entrée en juillet 2026. Son raccordement n'est prévu que d'ici fin 2026 4.
Quant aux banques commerciales, PAPSS en revendique environ deux cents, liste à l'appui 13. Une liste prouve l'inscription, pas l'usage. Mike Ogbalu III annonce d'ailleurs qu'à partir de 2027, la priorité sera d'« activer » ce réseau 1.
L’illustration, dans le récit
Même illustration que l’ouverture. Réemploi dans ce dossier ; aucune nouvelle scène ni photographie documentaire.
Illustration MAGNITUDE · Image de synthèse, pas une photographie documentaire.
Sept secondes, sauf quand ça bloque
Viennent les promesses faites aux clients. Des frais réduits de 92 à 95 % 1. Un paiement réglé en sept secondes en moyenne, là où il fallait des jours 2. Mais aucune méthode n'est publiée. On ignore sur quels trajets, pour quels montants et face à quel tarif bancaire ces gains ont été mesurés.
Une moyenne ne compte pas non plus les échecs. Le 7 septembre, un client d'une banque nigériane, alors au Ghana, écrit sur X. Il dit attendre depuis plusieurs jours 2,6 millions de nairas, débités pour un transfert PAPSS échoué. Le 28 août, un autre client d'une banque nigériane saluait au contraire un envoi réussi vers le Kenya (publications consultées le 28 septembre 2026). Deux cas ne font pas une statistique. Ils montrent ce que la moyenne ne dit pas.
Un exemple. Un importateur de Douala doit régler 10 millions de FCFA à un fournisseur de Lagos. Supposons 300 000 FCFA de frais, soit 3 %. La baisse promise lui en laisserait entre 15 000 et 24 000. Mais il ne peut pas encore essayer : le Cameroun dépend de la BEAC, pas encore raccordée 4. Et rien ne lui dit si la promesse vaut pour son trajet.
Ce que coûte un envoi
Ces frais comptent, parce que payer d'un pays africain à l'autre coûte cher. Début 2025, en Afrique subsaharienne, un envoi de 100 000 FCFA coûtait en moyenne environ 8 450 FCFA de frais, selon TechCabal 2. Les familles et les commerçants paient cette facture. Les banques et les sociétés de transfert l'encaissent. Pour l'importateur de Douala, nous avons supposé 3 %, bien en dessous de cette moyenne, pour ne pas gonfler le gain promis.
Ce texte ne met pas en cause la croissance de PAPSS. Il constate qu'on ne peut pas la mesurer. Un autre doute monte, d'un autre ordre. Pour l'Institute for Security Studies, un centre de recherche africain, la vitesse du système « dépasse » les contrôles anti-blanchiment de la région 8.
Ce qui pourrait nous donner tort : la publication des volumes et des montants de 2025 et 2026. S'ils confirment la hausse, nous l'écrirons.
Ce que l'importateur de Douala attend
Le paiement ghanéen de 2023 a montré que le circuit fonctionne. Combien l'empruntent aujourd'hui, personne ne peut le dire hors de PAPSS. Une solution existe sur le papier, encore à établir : publier chaque trimestre le nombre de paiements, les montants et les frais réels, trajet par trajet, vérifiés par un tiers. L'importateur de Douala saurait alors ce qu'il gagnerait vraiment. Pour l'instant, il attend encore de pouvoir essayer.
Indice d’ampleur historique — pilote 2026
Grille du Relevé pour cet effet · Données de l’édition pilote du 28 septembre 2026. Les différentes grilles se lisent dans leur périmètre.
Région : continentale · Domaine : finance, paiements transfrontaliers · Statut : hausse annoncée par le promoteur ; résultat non démontré, faute de base publiée
Objet examiné : sept affirmations du point presse de PAPSS à Lagos (septembre 2026), rapportées par HapaKenya et TechCabal 12, confrontées aux documents publiés par PAPSS 3456. On examine une annonce, jamais une personne.
Les sept affirmations, pièce par pièce
Chaque affirmation reçoit un statut : vérifiable (un document public la contrôle), partiellement vérifiable (recoupée en partie ou avec un écart), non vérifiable. Bilan : une vérifiable dans l'ordre de grandeur, deux partiellement, quatre non vérifiables.
1. « Les volumes ont augmenté d'environ 1 000 %, les valeurs de 120 %. » HapaKenya situe la comparaison entre des « périodes équivalentes » de 2025 et 2026 1 ; TechCabal parle de « l'année écoulée » 2. Aucune date précise. Aucun nombre de transactions, aucun montant en dollars 12. Non vérifiable. D'après notre calcul, les volumes sont multipliés par 11 et les valeurs par 2,2 : le paiement moyen est donc divisé par cinq environ.
2. « Nigeria : +1 100 % en volumes, +125 % en valeurs. »1 Mêmes limites. Non vérifiable.
3. « Plus de 30 pays. »12 Le chiffre se contredit à moitié. Le document de couverture de PAPSS daté de juin 2026 compte bien 31 pays « joignables » 3. Mais ce total mélange trois situations. Quatorze pays ont des participants actifs, qui envoient et reçoivent. Neuf ne sont joignables qu'en réception, par des réseaux partenaires : ils peuvent encaisser, pas payer. Huit sont marqués « bientôt actifs » 3. Le même document indique ailleurs que le service est disponible « dans plus de 20 pays » 3. En juillet 2026, un communiqué parlait de 28 pays 4. En juillet 2025, le Maroc était présenté comme le 17e « pays de présence » 5. Partiellement vérifiable : le chiffre de 30 existe, mais moins de la moitié de ces pays peuvent envoyer un paiement.
4. « 24 banques centrales. »12 La page « réseau » du site en affiche 20, dont la Banque des États de l'Afrique centrale (BEAC) 6. La BEAC a rejoint PAPSS le 9 juillet 2026, pour une mise en service prévue d'ici fin 2026 4. Partiellement vérifiable, avec un écart de quatre.
5. « Plus de 200 banques commerciales et prestataires de paiement ; 16 switchs » (plateformes nationales qui relient les banques).1 Le document de juin 2026 compte « plus de 190 » participants directs et indirects 3 ; le communiqué de juillet 2026 aussi, avec 16 switchs 4. En juillet 2025 : plus de 150 banques et 14 switchs 5. Vérifiable dans l'ordre de grandeur : une liste des banques actives est publiée 3. Elle prouve l'adhésion, pas l'activité. Mike Ogbalu III annonce d'ailleurs qu'à partir de 2027, la priorité sera d'« activer » ce réseau 1.
6. « Coûts réduits de 92 à 95 %, délais réduits de 99,99 %, besoins en devises réduits jusqu'à 80 %. »1 TechCabal cite un règlement en « sept secondes en moyenne », contre trois à cinq jours auparavant 2. Aucune méthode n'est publiée : on ignore sur quels corridors, pour quels montants et face à quel tarif bancaire ces gains ont été mesurés. Non vérifiable.
7. « 80 à 90 % du solde net réglé en monnaies locales. »2 PAPSS ne règle pas chaque paiement. Il fait les comptes entre pays et ne règle que la différence, comme deux voisins qui ne se versent que l'écart de leurs dettes. Ni le montant de ces soldes ni leur répartition ne sont publiés. Non vérifiable.
Ce qui manque
Il manque trois choses. La base d'abord : le nombre de transactions et les montants en dollars, pour chaque période comparée, dates comprises. Puis le règlement : les montants effectivement réglés entre banques centrales, bruts et nets. Enfin un contrôle extérieur : aucun des chiffres examinés n'a été validé par un auditeur, une banque centrale ou une statistique publique.
Contexte cité par TechCabal : le commerce entre pays africains ne représentait que 14,4 % du commerce total du continent en 2024 ; l'Afrique subsaharienne était la région la plus chère pour envoyer de l'argent, avec un coût moyen de 8,45 % au premier trimestre 2025 2.
Situation type (construite par la rédaction) : un importateur de Douala règle 10 millions de FCFA à un fournisseur de Lagos ; sur 300 000 FCFA de frais (montant hypothétique, 3 %, choisi sous la moyenne régionale de 8,45 % pour ne pas gonfler le gain), une baisse de 92 à 95 % en laisserait entre 15 000 et 24 000. Voix d'usagers : deux particuliers anonymisés sur X (7 septembre et 28 août 2026), liens permanents conservés dans la fiche de la rédaction.
Ce que l'on ne sait pas
Combien de transactions PAPSS a traitées, et pour quel montant, en 2025 et en 2026.
La part des participants inscrits qui envoient réellement des paiements.
Les corridors (paires de pays) qui concentrent l'activité.
Le coût et le délai réels, mesurés corridor par corridor.
Le suivi anti-blanchiment : pour l'Institute for Security Studies (X, 17 septembre), la vitesse du système « dépasse » les contrôles de la région 8.
Ce qui ferait changer cette note
La publication, par PAPSS ou Afreximbank, du nombre de transactions et des montants en dollars pour les périodes comparées de 2025 et 2026, dates comprises.
Les montants réglés entre banques centrales, bruts et nets.
Une validation extérieure de ces chiffres (auditeur, banque centrale ou statistique publique).
Levier examiné : un tableau statistique trimestriel
Qualification : solution non établie.
Acteurs. PAPSS et Afreximbank, avec les banques centrales membres.
Mécanisme. Publier chaque trimestre le nombre de transactions et les montants en dollars, par pays et par corridor ; les montants réglés, bruts et nets ; le nombre de participants ayant effectué au moins une opération ; le coût et le délai médians par corridor, avec la méthode. Faire attester ces données par un tiers.
Coût. Inconnu.
Conditions de transfert. L'accord des banques centrales membres sur les données publiables.
Effets indésirables. Données commerciales sensibles pour les participants ; chiffres faibles dans les corridors récents, qui pourraient décourager de nouveaux adhérents.
Sources (8)
HapaKenya, « Inside PAPSS's ambitious plan to drive African financial integration », 17 septembre 2026 (point presse de PAPSS à Lagos).
TechCabal, article sur l'usage du réseau PAPSS, 10 septembre 2026 (déclarations du directeur général ; données de commerce et de coût des transferts citées par le média).
PAPSS, Payments Network Coverage, juin 2026, version 025-06-26, p. 2 à 5.
PAPSS, « BEAC Joins PAPSS, Connecting Payments between CEMAC and the Rest of Africa », juillet 2026.
PAPSS, « Bank Al-Maghrib signs up to PAPSS, establishing Morocco as its 17th country of presence », 7 juillet 2025.
PAPSS, page « Network ». (consultée le 28 septembre 2026)
International Trade Administration (département américain du Commerce), « Ghana Pan African Payments Settlement System (PAPSS) Update », 27 décembre 2023
Réussite 2.0 · Analyse documentaire du 25 octobre 2026
Pourquoi cette note ?
La note apprécie la réussite dans l’objet, le stade et la période ci-dessous. La note est un jugement éditorial unique ; les raisons exposent les points retenus et les limites du dossier.
M4/10
PAPSS et ses usagers
Note Magnitude
le circuit fonctionne, mais ses gains réels pour les usagers restent trop peu démontrés.
Objet évalué
Usage effectif et gains de coût des paiements en monnaies locales
Période et stade
2023–septembre 2026 · Réseau en activation
Territoire
Corridors africains documentés
Les trois appuis de la note
PAPSS et ses usagers : M4/10. Impact utile 1/4 · Exécution 2/4 · Innovation 1/2.
Impact utile1/4
Exécution2/4
Innovation1/2
Une forme = un point sur dix.
Point attribuéPoint non attribué
Les trois axes expliquent les points attribués : impact /4, exécution /4, innovation /2.
Choisissez un axe pour lire les raisons de la note.
Force : le paiement Ghana–Nigeria documenté montre que le circuit en monnaies locales fonctionne. Un point d’impact reconnaît cette utilité limitée. Les pourcentages de croissance sans volumes de départ et les économies de frais sans méthode ne deviennent pas une preuve de bénéfice largement reçu.
Limite d’exécution : deux points reconnaissent un réseau utilisé, tout en séparant banques inscrites, corridors actifs et intégrations encore prévues. L’adhésion de la BEAC ne prouve pas que les usagers de toute la CEMAC puissent déjà envoyer des paiements.
Choix : un point d’innovation récompense l’adaptation du règlement en monnaies locales. Notre 4 ne nie pas la croissance annoncée ; il constate que volumes comparables, frais par trajet et échecs ne permettent pas encore de défendre une réussite plus solide.
Impact utile
1/4
1/4 : un paiement transfrontalier en monnaies locales est documenté ; son utilité reste circonscrite, sans preuve agrégée de gains de coût ou de fréquence d’usage.
Exécution
2/4
2/4 : un circuit fonctionne, mais adhésion, réception possible et opérationnalisation complète ne sont pas confondues ; les échecs et les volumes restent trop peu décrits.
Innovation
1/2
1/2 : le règlement transfrontalier dans les monnaies locales est une adaptation réellement utilisée ; les économies moyennes annoncées ne sont pas suffisamment comparées pour deux points.
Calcul : 1 + 2 + 1 = M4/10.
Ce qui limite la note
Volumes avec leur base, frais réellement payés et taux de succès par corridor ne sont pas suffisamment publiés pour apprécier une réussite plus large.
Volumes avec base, frais par corridor, taux d’échec et banques effectivement actives.
Jugement éditorial du 26 octobre 2026 sur cet objet et cette période. Une donnée absente ne prouve pas un effet nul ; les limites sont exposées ci-dessus.